L’église face à la pédocriminalité, les évêques à l’heure des décisions !

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Réunis en assemblée plénière à Lourdes, les évêques de France attendent d’adopter ce lundi, un dispositif de reconnaissance et de dédommagement que réclament les victimes. En l’état, une instance indépendante, financée par un fonds de dotation, devrait être chargée de recueillir leur demande. Une démarche qui survient seulement un mois après la publication du rapport choc de la commission Sauvé. « Des gestes » et un « échéancier » de mesures seront posés pour lutter contre la pédocriminalité dans l’Église, apprend-on.

Une indemnisation avec une dimension financière

C’est un cap symbolique franchi dans le processus dans le processus d’indemnisations des victimes des crimes sexuels commis par des prêtres et religieux depuis 1950.

« Nous sommes dans la perspective d’un processus de réparation avec un travail d’accueil des personnes victimes, d’écoute, de reconnaissance de ce qu’elles ont subi, de médiation et de réparation, avec une dimension financière », a expliqué à la presse Luc Crépy, évêque de Versailles et président du Conseil de prévention et de lutte contre la pédophilie de la Conférence des évêques de France (CEF).

Cette indemnisation envisagée par les 120 évêques réunis à Lourdes devrait s’adresser aux personnes victimes de faits prescrits, mais pas seulement : « toutes les demandes seront honorées », a garanti le porte-parole de la CEF, Hugues de Woillemont.

Comme annoncé en mars, une instance nationale indépendante instruira les demandes. Elle sera présidée par une femme magistrate spécialisée dans la protection de l’enfance, selon une source proche du dossier. Il lui reviendra de composer ensuite sa commission.

Indemnisation individualisée

L’une des premières victoires de cette bataille est que les réparations seront individuelles. Les évêques ont reconnu les faits avancés par la commission Sauvé et sont d’accord pour évaluer « les dégâts » causés chez chaque victime, affirme à l’AFP Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg.

Entre toutes les possibilités étudiées, figure le modèle belge, d’après des sources proches du dossier. Dans ce pays, « quatre niveaux d’indemnisation, allant de 2500 à 25 000 euros » ont été définis, a ainsi relevé le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).

Il reste tout de même que les montants de cette indemnisation ne seront pas connus de sitôt. Ils devront en outre être harmonisés avec le dispositif mis en place pour les victimes de religieux de congrégations ou d’instituts. En mars, la CEF avait promis le versement des premières contributions financières en 2022.

Quel fonds pour financer les réparations ?

Par ailleurs, les évêques devront clarifier également si le fonds ad hoc, mis sur pied cet été, devra continuer à être abondé par les dons des fidèles, en plus des dons du clergé. À ce jour, ce fond a reçu quelques dizaines de milliers d’euros et espère atteindre dans un premier temps 5 millions. À en croire une source interne à l’épiscopat, les évêques pourraient ne pas interdire les dons des fidèles, mais éviter d’en faire un appel public.

Toutefois, son utilisation va à l’encontre du rapport Sauvé qui recommande que les indemnisations des victimes soient faites « à partir du patrimoine des agresseurs et de l’Église de France » exclusivement. « Il faut que ce soit l’institution qui soit amputée, c’est une évidence pour moi », affirme l’archevêque de Strasbourg Luc Ravel. Et « s’il faut vendre des biens immobiliers, on vendra », affirme un autre évêque sous couvert de l’anonymat.

L’épiscopat envisage aussi poser un « geste symbolique », d’après Luc Ravel. « La question de vendre le bâtiment de la CEF (avenue de Breteuil à Paris, NDLR) a jailli », a-t-il ajouté, sans autre détail.

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