Les élections municipales françaises en période de pandémie: que nous disent-elles?

Malgré une pandémie mondiale, le premier tour des élections municipales françaises a eu lieu dimanche 15 mars. Le président Macron a cherché à reporter les élections, mais les partis d’opposition étaient impatients de capitaliser sur les derniers mois de mécontentement populaire à l’égard du gouvernement. Le deuxième tour de scrutin, qui doit avoir lieu le 22 mars, a été reporté à mai ou juin, ce qui met en doute la validité des élections et l’élan politique accumulé.

Même en des temps moins stressants, ces élections ne sont pas faciles à interpréter. Il y a 35 000 communes françaises, allant des petits villages à Paris, qui ont toutes des procédures de vote différentes. Les citoyens français élisent le conseil municipal de leur ville et le conseil municipal choisira le maire pour un mandat de six ans. Le caractère unique des élections municipales françaises (qui sont essentiellement un référendum sur les maires locaux) rend difficile l’identification de tendances politiques nationales claires à partir des résultats, bien que ces élections façonnent la chambre haute française, le Sénat. Néanmoins, à mi-chemin du mandat de cinq ans du président Macron, ces élections pourraient fournir des indices quant à l’humeur de l’électorat français en ce moment mondial unique.

Malgré les mesures spéciales mises en place au milieu de la pandémie, les électeurs français sont restés chez eux: au moins 55% d’entre eux l’ont fait dans tous les groupes d’âge, même si les électeurs plus âgés sont généralement plus fiables que les électeurs plus jeunes. Cette abstention massive a dépassé le taux d’abstention de 2014, qui était déjà un record. Bien que cela puisse avoir des conséquences politiques, le faible taux de participation n’a aucun impact juridique sur la validité des élections.

Résultats: la gauche est de retour

Les Verts (Europe Écologie – Les Verts, ou EELV) ont été clairement gagnants et sont bien placés pour prendre le contrôle de grandes villes comme Lyon, Strasbourg, Tours, Besançon et Poitiers – en plus de garder Grenoble, la seule grande ville qu’ils précédemment détenu. A Toulouse, Bordeaux, Rennes et Lille, ils ont également obtenu d’excellents résultats, ce qui en fera une force politique importante dans les conseils municipaux ou dans les coalitions dirigeantes.

Presque disparu au niveau national, le Parti socialiste de centre-gauche (Parti socialiste ou PS) a également connu une bonne performance, défendant avec succès ses biens les plus précieux – Paris, Lille, Nantes, Rennes, Rouen, Le Mans – et potentiellement en gagnant un quelques villes importantes (p. ex. Nancy, Argenteuil).

À droite, les républicains de droite (Les Républicains ou LR) ont maintenu le statu quo politique grâce à des titulaires charismatiques qui avaient construit un solide soutien politique dans certaines grandes villes, mais le parti n’a pas amélioré de manière significative sa position dans d’autres villes.

La République en Marche (parti du président Macron, ou LREM) était en lice pour la première fois aux élections municipales et n’a obtenu aucun résultat significatif. Cela peut être dû à la nature du LREM en tant que mouvement autour d’Emmanuel Macron qui n’a pas d’infrastructure politique locale fixe comme le font les autres partis politiques. Ou cela peut être un peu un vote de protestation contre les changements que le président Macron a provoqués au cours de son mandat de près de trois ans.

Le parti d’extrême droite de Marine Le Pen, le Rassemblement national (Rassemblement national ou RN), n’a pas non plus bien fait. Elle a été affectée de manière disproportionnée par la faible participation en raison de la composition de son électorat (soutien le plus fort entre 25 et 60 ans, catégorie dans laquelle l’abstention était très élevée). Et il continue de souffrir de son incapacité à construire des coalitions avec d’autres grands partis, ce qui est nécessaire pour réussir aux niveaux local et régional (à l’exception du sud de la France où RN reste fort).

Leçons: Déplacer l’équilibre des pouvoirs d’un mouvement vers la gauche politique

Le spectre politique français de gauche est de retour après des années passées dans le désert électoral, poussé par les excellents résultats des Verts, qui offrent à la fois une alternative nouvelle et progressive à l ‘«ancienne gauche» des socialistes et répondent à une préoccupation majeure de Votants français: changement climatique. Mais la vieille gauche a également bien fait, en particulier dans les villes où elle a formé des coalitions avec des partis d’extrême gauche, les Verts et le Parti socialiste. Ce n’est que le début, mais certains pourraient voir dans ces résultats une coalition potentielle au niveau national pour 2022.

Du côté droit du spectre politique, les républicains ont eu un premier tour décent et n’ont pas perdu de terrain, mais ils n’ont pas gagné non plus. RN n’a pas bien fait, même s’il reste l’adversaire le plus visible (et probable) de Macron pour 2022.

Enfin, ce n’était pas un résultat positif pour LREM, qui parle des défis futurs pour le parti. De toute évidence, LREM continue de lutter pour s’établir au niveau local et aller au-delà de l’identification avec le président et une poignée de ses partisans au niveau national. Bien que ce soit deux ans avant la prochaine élection présidentielle, cela montre les résultats minimes des efforts du LREM pour planter des racines localement au cours des trois dernières années.

Prochaines étapes

Avec la décision du gouvernement français de verrouiller le pays pour les 15 prochains jours, le deuxième et dernier tour des élections, initialement prévu pour le 22 mars, a été reporté et n’aura probablement pas lieu avant juin. Juridiquement, il s’agit d’un territoire inexploré car il n’y a pas de dispositions spécifiques à cet effet dans la loi électorale française. Certains grands experts du droit constitutionnel avaient exprimé l’avis que l’intégrité de l’ensemble des élections pourrait être contestée devant les tribunaux, mais le gouvernement a promis qu’il trouverait une solution juridique pour «consacrer» les résultats du premier tour jusqu’à ce qu’un deuxième tour puisse avoir lieu . Politiquement, les Verts et le Parti socialiste ont le plus d’intérêt à consolider leurs bonnes performances électorales, bien qu’aucun parti n’ait exploité la pandémie à des fins politiques jusqu’à présent.

La manière dont ces questions seront résolues a un certain poids sur les prochaines élections importantes en France, les élections régionales et départementales de 2021 (un autre type d’élections locales). Ces élections ont généralement une dimension nationale beaucoup plus forte que les élections municipales puisqu’elles ont lieu un an seulement avant les élections présidentielles et parlementaires. Ce calendrier électoral fournira une opportunité intéressante à la gauche pour intensifier ses efforts et essayer de transformer ses succès locaux en une victoire nationale. Mais cette stratégie nécessiterait que la gauche s’unifie véritablement et soit dirigée par un ou plusieurs dirigeants forts – du genre qui n’a pas encore fait surface.

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Par Marie Durant

Redactrice web passionnée par la vie des peoples et des célébrités, j'aime écrire sur leur vie et partager leurs histoires avec mes lecteurs.