Présidentielle 2022 : la primaire est-elle un mécanisme qui met en danger la structure des partis politiques ?

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La primaire est un processus par lequel les sympathisants d’une sensibilité politique choisissent un candidat pour une élection présidentielle. Ce qui doit permettre en réalité à ce dernier de bénéficier de soutien du parti et des autres candidats. Cependant depuis 2016, ce procédé est perçu comme un mécanisme de division que celui d’une union.

Certaines grandes formations politiques cherchent à sauter ce verrou de primaire. Seul le parti Europe écologie les verts s’est lancé à fond. Pour choisir leur candidat, le rendez-vous est déjà donné du 19 au 25 septembre pour le premier tour de la primaire. Cinq candidats sont en lice et 72 000 sympathisants se sont déjà inscrits à la date du 9 septembre.

Des autres côtés, on est plus réservé. À droite chez les Républicains, on hésite à organiser une primaire. Il faut éviter de fracturer le parti. À gauche, au sein des socialistes, la primaire est plus fermée. Seule la candidature d’Anne Hidalgo sera soumise aux militants. Pourquoi la primaire suscite-t-elle tant de réserve ? Serait-elle une machine à perdre qu’une machine à gagner ?

 Un faux procès

La primaire est un mécanisme qui ne fait jamais l’unanimité. Cependant, les raisons diffèrent selon le politologue Rémi Lefebvre. « Je suis critique sur le principe des primaires parce qu’elles renforcent la présidentialisation, l’hyperpersonnalisation, le poids des sondages, au détriment des idées et des militants, qui ne choisissent plus leur candidat », lance le professeur de sciences politiques à Lille.

Toutefois, il dénonce la détestation excessive dont fait l’objet aujourd’hui ce processus. Il qualifie de « très mauvais procès » les raisons avancées par les uns et les autres pour éviter les primaires. « À droite par exemple, tout le monde en a peur, mais en 2016, ça s’était bien passé pour départager les candidats en lice. À l’époque le scrutin mobilise plus de 4 millions de votants, un engouement phénoménal », rappelle le politologue.

« C’est sûr que les primaires fragmentent toujours, mais à droite en 2016, le problème est arrivé après. Ce sont les révélations de la presse sur les costumes offerts à François Fillon et les soupçons d’emploi fictif de son épouse qui ont nui au candidat », a souligné le spécialiste.

Des primaires ouvertes

Selon Martial Foucault, la force des primaires réside dans le fait qu’elles soient ouvertes à l’image de celle organisée en 2012 par le PS et celle de 2016 à droite. « En 2012 pourquoi ça a si bien marché ? Parce qu’il y a eu un alignement du candidat et du parti socialiste », analyse le directeur du Centre de recherche politique des Sciences Po (Cevipof). « C’est un succès, avec plus de 2,6 millions de votants au premier tour et 2,8 millions au second tour. De quoi légitimer fortement le candidat », ajoute-t-il.

« Si François Hollande a gagné la présidentielle en 2012, c’est aussi grâce à la mobilisation suscitée par sa victoire à la primaire. À l’arrivée, tous ses opposants lors de la primaire se sont ralliés à lui, même Arnaud Montebourg », martèle Rémi Lefebvre. À Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à Paris de constater que « LR et PS ne sont plus en mesure d’organiser des primaires largement acceptées parce qu’ils sont émiettés, faibles et qu’ils ont du mal à se positionner ».

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